Tout Dirigeant est confronté, dans sa vie de décideur, au choix de saisir ou non une opportunité commerciale soudaine, le jackpot : le contrat mirobolant et imprévu qui transcende la « performance », fruit d’un travail régulier et organisé, en un « exploit », gain significatif mais ponctuel.
Rares sont les entrepreneurs qui se poseraient seulement la question face aux sirènes du "coup commercial", du « one sales shot ».
Le choix de saisir une opportunité commerciale nécessite pourtant un minimum de réflexion, plus précisément d’arbitrage de la part du Dirigeant.
L’équipe commerciale est là pour vendre, pour atteindre et dépasser ses objectifs : l’occasion se présente, il faut la saisir coûte que coûte !
Mais répondre à une commande soudaine nécessite la mobilisation rapide d’autres ressources de l’entreprise : hommes, matières premières, canaux de distributions, approvisionnements …
Certes, il est toujours possible sur le court terme d’exiger plus de ses collaborateurs, de surcharger une chaîne de production, de booster la logistique, de presser les fournisseurs… Les risques d’insatisfaction des clients, de désorganisation des services, de tensions internes sont réels ; mais ils paraissent dérisoires au regard de l’appât du gain supplémentaire.
Le vrai risque est ailleurs et rarement perçu à temps : il est financier.
Honorer une commande imprévue nécessite un solide socle financier. Au même titre qu’une croissante rapide et non anticipée de chiffre d’affaires, elle représente une menace pour l’entreprise.
Celle-ci doit acheter, stocker, fabriquer, livrer... Pour peu que les délais de paiement ou le cycle de fabrication soient longs, l’entreprise épuise sa trésorerie, son besoin en fonds de roulement augmente dangereusement. C’est le syndrome des entreprises qui meurent le carnet de commande plein…mais les caisses vides, faute de pouvoir financer leur croissance.
Faut-il pour autant renoncer à tout « coup commercial » ?
La réponse est non. Encore faut-il que le Dirigeant ait à l’esprit certaines données nécessaires à limiter sa prise de risques.
La phase de vie de son entreprise et le cycle de vie de son marché sont deux des principaux éléments à prendre en compte.
- En phase de lancement, l’entreprise possède peu de fonds propres. Elle doit les consacrer exclusivement et méthodiquement à la conquête de nouveaux clients. Toute déviation à sa stratégie pour capter un marché alléchant mais ponctuel serait fatale.
- En phase de croissance, l’entreprise doit conforter sa position sur son marché. Là encore, s’en tenir à sa stratégie et rien qu’à sa stratégie est un gage de pérennité. Seule une activité cyclique peut permettre, lors des creux d’activité, d’accepter une commande exceptionnelle sans pénaliser l’entreprise.
- En phase de maturité, l’entreprise maximise ses marges pour rentabiliser ses investissements, récompenser ses investisseurs et rembourser ses emprunts. Elle possède une stabilité qui lui permet d’envisager sereinement des actions opportunistes… et de tester de nouveaux marchés.
- En phase de déclin, le choix dépend de la capacité de l’entreprise à financer son repositionnement et de la personnalité du Dirigeant à accepter le risque.